Il y a quelques semaines, le gouvernement du Québec a confirmé l'intégration des kinésiologues à l'Ordre des ergothérapeutes du Québec (OEQ). Ce n'est plus un projet à l'étude, c'est en marche. Pour la profession, c'est une reconnaissance attendue depuis deux décennies. Voici pourquoi ça change vraiment les choses.
Le titre de kinésiologue devient protégé, et c'est le public qui en profite le plus
Aujourd'hui, n'importe qui peut se présenter comme « kinésiologue » sans diplôme ni formation universitaire. Concrètement, ça veut dire que quelqu'un sans formation peut prescrire des exercices à une personne qui sort d'une chirurgie cardiaque, qui vit avec de l'arthrose ou qui revient d'une blessure, sans jamais avoir appris à reconnaître les signaux d'alarme ni à adapter un programme en conséquence. Avec l'intégration à un ordre professionnel, le titre devient réservé aux personnes formées et encadrées, comme c'est déjà le cas pour les physiothérapeutes ou les ergothérapeutes.
Concrètement, voici ce que ça changera selon moi :
- Un mécanisme de plainte : un recours formel si quelque chose va mal avec un professionnel.
- Une obligation de formation continue : pour rester à jour dans sa pratique.
- Un code de déontologie : à respecter, avec des conséquences réelles en cas de manquement.
- Une assurance responsabilité professionnelle : souvent obligatoire, comme pour les autres professions de la santé.
Bref, la même protection qu'on a lorsqu'on consulte un physio ou un pharmacien. Ce n'est plus juste une question de confiance sur un profil Instagram, c'est un filet de sécurité réel. Et pour la profession, ça nous met enfin sur le même pied que les autres professionnels de la santé.
La prévention devient un enjeu de système de santé, pas juste une bonne idée
Au Canada, l'inactivité physique coûte des milliards de dollars par année au système de santé, sans compter le coût en qualité de vie pour les personnes touchées. Chaque dollar investi dans le mouvement et la prévention, c'est de l'argent économisé plus tard en soins. Le kinésiologue est un des leviers les plus puissants pour agir là-dessus, et on commence enfin à le reconnaître à sa juste valeur dans le système.
La kinésiologie est la formation la plus exhaustive pour un spécialiste de l'entraînement, mais nous voir seulement comme ça serait réducteur. On est des professionnels de la santé formés en biomécanique, capables d'adapter le mouvement selon les conditions de santé et les restrictions de chacun. Par exemple, pour quelqu'un qui sort d'une blessure et veut éviter une récidive, un jeune qui commence à peine à bouger, un adulte en remise en forme, un aîné qui veut préserver son autonomie, ou un athlète qui vise la performance. Prévention, santé et performance, c'est notre mandat, à travers tous les âges et tous les besoins.
Le renforcement musculaire change de statut : de l'esthétique à la santé
Il y a un changement culturel important derrière tout ça. Pendant longtemps, « faire de la musculation » a été associé à l'esthétisme : prendre du muscle, perdre du poids. Avec un professionnel de la santé reconnu au cœur de la prescription d'exercice, le renforcement musculaire prend enfin la place qui lui revient, un outil de santé, de bien-être et de prévention, au même titre que l'alimentation ou le sommeil.
Renforcer ses muscles, c'est prévenir les chutes chez les aînés, protéger ses articulations après une blessure, préserver sa densité osseuse, mieux gérer une maladie chronique. Ce n'est plus une question d'apparence, c'est une question de fonction et de longévité.
D'autres retombées positives pour la société
Cette reconnaissance ouvre aussi la porte à des changements plus larges. Les assureurs exigent souvent l'appartenance à un ordre professionnel pour rembourser des services de santé. Ainsi, l'intégration des kinésiologues pourrait donc rendre l'accompagnement en activité physique plus accessible financièrement pour beaucoup de gens.
Les établissements de santé (CLSC, hôpitaux, cliniques de réadaptation) pourront aussi intégrer plus facilement des kinésiologues dans leurs équipes de soins, aux côtés des médecins, physios et ergos, plutôt que de les traiter comme des intervenants externes. Et à plus grande échelle, un système qui reconnaît officiellement la prévention par le mouvement est un système mieux équipé pour réduire le fardeau des maladies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires, troubles musculosquelettiques), plutôt que de seulement les traiter une fois qu'elles sont installées.
Ce que ça veut dire pour la suite
Cette reconnaissance officielle, c'est plus qu'un gain symbolique pour la profession. C'est la confirmation que le mouvement, encadré par un vrai professionnel de la santé, a sa place dans le système, au même titre que le traitement. Bien excité pour ce qui vient.
Charles-Éric Blouin est kinésiologue et fondateur de Mon Entraîneur Privé, une entreprise d'entraînement à domicile présente partout dans la province de Québec.
Questions fréquentes
Quand la loi entrera-t-elle en vigueur ?
Les travaux d'intégration sont lancés. Le processus législatif et réglementaire prend généralement de 12 à 24 mois. Les modalités précises (admission, transition des membres FKQ, règlements internes de l'OEQ) seront précisées au cours des prochains mois par l'Office des professions du Québec.
Est-ce que les kinésiologues actuels devront repasser des examens ?
Ce n'est pas encore confirmé, mais historiquement, lors de l'intégration d'une profession à un ordre, un mécanisme de reconnaissance des acquis est mis en place pour les professionnels déjà en pratique et diplômés.
Comment vérifier si mon kinésiologue est légitime aujourd'hui ?
En attendant l'entrée en vigueur officielle, vérifiez que votre kinésiologue détient un baccalauréat universitaire en kinésiologie et un numéro de membre actif auprès de la Fédération des kinésiologues du Québec (FKQ).
Est-ce que ça va changer les remboursements d'assurances ?
La majorité des assureurs privés remboursent déjà les services des kinésiologues membres de la FKQ. L'appartenance à un ordre professionnel devrait consolider cette couverture et, dans plusieurs cas, l'élargir. Vérifiez toujours auprès de votre assureur.
Est-ce que le prix d'une séance va augmenter ?
L'intégration à un ordre professionnel n'a pas d'impact direct sur les tarifs. Chez Mon Entraîneur Privé, nos tarifs restent transparents et compétitifs. Les services de kinésiologie sont taxables (TPS et TVQ applicables).




